Pourquoi les petits aiment-ils tant les histoires qui font peur ?

Pourquoi les petits aiment-ils tant les histoires qui font peur ?

Pourquoi les petits aiment-ils tant les histoires qui font peur ?

Le loup, la sorcière, l’ogre…tous ces personnages se bousculent dans l’édition jeunesse au rayon des tout-petits qui en redemandent ! Mais qu’est-ce qui les fascine à ce point ?

Si les rayons des librairies croulent sous les rééditions des « trois petits cochons », du « chaperon rouge », ou de « Hansel et Gretel », ce n’est pas par hasard. De tout temps, les enfants ont adoré les histoires qui poussent à se cacher sous la couette pour que l’ogre ne les mangent pas .
Certes, l’édition jeunesse y a ajouté quelques personnages moins mythiques, des affreux quelconques et autres serpents malveillants.
Mais au fond, c’est toujours le même héros que l’on suit : la peur !
Mais la peur… de quoi ?

L’abandon, la mort…

La peur, c’est un sentiment que le tout-petit connaît bien. Sa première frayeur ça a été d’être séparé de sa maman. S’en est suivie, la peur d’un bruit, d’une grosse voix, ou encore de cet inconnu croisé pour la première fois ou de ce gros chien qui s’approche d’un peu trop près.
Le jeune enfant doit apprendre à apprivoiser ses peurs sur lesquelles il ne sait pas encore mettre des mots.
« les livres avec leurs images et leurs mots, lui permettent d’investir la peur du personnage pour la faire sienne et comprendre ses propres terreurs », explique Pascale Mignon, psychologue et psychanalyste. Ainsi, le petit Poucet , Bambi, ou Oliver Twist sont des contes très parlants pour les enfants qui craignent tous de perdre leurs parents. La chèvre de Monsieur Seguin ou le Petit Chaperon rouge sont significatifs de la peur d’être dévoré. En effet, pour un jeune enfant, si sa maman a un bébé dans le ventre, c’est qu’elle l’a mangé. Même si on a expliqué à l’enfant l’histoire de la petite graine, à cet âge, il met toujours une distance entre ce qu’il sait et ce qu’il croit, et c’est, ce qu’il croit qui l’emporte !
Blanche-Neige, c’est la peur de ne pas être aimé… Des peurs inconscientes que tous les enfants connaissent au point que, comme l’explique clairement Bruno Bettelheim dans psychanalyse des contes de fées, ils peuvent être très angoissés par un conte.
« Mais au fur et à mesure qu’ils se familiarisent avec les contes de fées, les traits effrayants tendent à disparaître tandis que les traits rassurants gagnent en importance. Le déplaisir initial de l’angoisse devient alors le grand plaisir de l’angoisse affrontée avec succès et maîtrisée. » Une étape importante entre 3 et 5 ans, alors que l’enfant s’immerge dans le monde inconnu de l’école maternelle.

Une déculpabilisation de ses propres pulsions

A ce stade, l’enfant est aussi au cœur de la phase œdipienne, extrêmement culpabilisante pour lui.
« l’enfant est traversé par des angoisses, par des émotions et des sentiments violents (la peur, la colère, la haine) qu’il ne sait pas encore maîtriser. Les contes lui permettent de s’identifier à des héros qui ont les mêmes problèmes que lui et auxquels ils trouvent des solutions, puisque la fin est toujours heureuse », écrit Bruno Bettelheim. Tour à tour, il peut s’identifier au Petit Chaperon rouge ou bien au loup… puisque c’est « pour de faux ». Et si l’enfant demande souvent une lecture en boucle du même livre, ce n’est pas par hasard : c’est parce qu’il n’a pas encore résolu son problème ou vaincu sa peur. Quand ce sera fait, il n’a pas encore résolu son problème ou vaincu sa peur.
Quand ce sera fait, il passera à un autre conte.

L’entrée dans le principe de réalité
A la fin de la maternelle, l’enfant entre dans le principe de réalité. Avant, la mort était un jeu : « Et on dirait que tu es mort et après tu serais comme vivant. »
Mais à 5 ans, l’enfant découvre le pot aux roses : personne n’est immortel ni tout-puissant ! Parfois, il ne voudra plus lire ces histoires qui font peur, car il est baigné dans ce concept de réalité.
« l’enfant va avoir peur que son monde imaginaire soit « pour de vrai », explique Béatrice Copper-Royer, psychologue et auteur de Peur du loup, peur de tout . C’est une étape importante car l’enfant a besoin de se confronter à ses craintes existentielles. »

Tout l’intérêt des livres est de créer un cadre imaginaire qui canalise les peurs : quand on les ferme, les monstres sont tenus à distance. Avoir peur « pour de faux » est structurant, alors qu’une proximité trop grande avec la réalité est effrayante. D’où l’importance de veiller à ce qu’il peut voir au journal télévisé ou dans des films pour adultes. A cet âge, il n’est pas encore mûr pour ces histoires de grands. Pour de vrai. Mais il peut entendre ces histoires « pour de faux » sans censure : inutile de prétendre que le loup n’a pas mangé le Petit Chaperon rouge ou que l’ogre n’a pas dévoré ses enfants : l’enfant doit se confronter à ses peurs fantasmagoriques que pour apprendre qu’il peut affronter les épreuves de la vie et en sortir vainqueur, comme le Petit Chaperon rouge…

La peur doit être un jeu

Comment savoir si le conte ne va pas provoquer des phobies ?

La peur doit être un jeu. Dès que l’on voit que l’enfant ne joue plus à avoir peur, il faut arrêter. Pour les tout-petits, les images des contes ne doivent jamais être effrayantes, mais très tendres, rassurantes, car ils ne font pas de différence entre fiction et réalité.
Si le loup a de grandes dents, il ne doit pas avoir l’air d’un affreux méchant. Et s’il est vraiment affreux parce que le livre s’adresse à des plus grands, il faut que les parents expliquent à l’enfant que c’est juste dans l’histoire, parce que les vrais loups ne sont pas ainsi, qu’ils sont plutôt jolis comme tous les animaux et que ce sont eux qui ont peur des humains.

Tous les contes plein d’hémoglobine, n’est-ce pas trop pour un tout-petit ?

Avec les contes, il ne faut pas être puriste.
Par exemple, il existe des versions épurées du Petit Chaperon rouge pour les très jeunes enfants.
Le chasseur n’ouvre plus le ventre du loup, car c’est trop effrayant, trop sanglant, mais il lui donne un bon coup de pied au derrière, et le loup recrache le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère et s’en va piteux.

Que penser de la peur des sorcières, le second personnage à faire peur ?

Le folklore d’ Halloween a permis d’y sensibiliser les plus jeunes, mais en réalité, c’est un personnage qui ne doit entrer dans l’imaginaire des petits que vers 4 ans , quand ils sont capables de comprendre que des personnages humains peuvent faire des choses terribles aux autres, comme de jeter des mauvais sorts, dans le conte. Et la sorcière, change d’aspect : regardez dans Blanche-Neige, elle peut être très belle pour séduire et vilaine quand ses mauvaises intentions sont dévoilées. Là aussi, le message passe !

 

Christine Deschamps

Telle "Super-Nanny", Christine Deschamps est coach parental (spécialiste en soutien à la parentalité). Basée à Toulouse, elle se déplace partout en France comme par exemple pour la demande de la chaine NRJ12 pour l'émission Tellement Vrai de Mathhieu Delormeau passée en boucle entre juillet 2015 et fin 2016 (vue par plus de 4 millions de personnes). Joignable par téléphone, mail, skype, s'il vous semble que la situation familiale devient vraiment complexe, appelez-la, car elle peut surement vous aider !